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samedi 24 février 2007

Once upon a time, I, Chuang-tzu...


'Once upon a time, I, Chuang-tzu, dreamt I was a butterfly, flittering hither and thither, to all intents and purposes a butterfly...suddenly I awoke... Now I do not know whether I was then a man dreaming I was a butterfly, or whether I am now a butterfly dreaming I am a man.'
Chuang-tzu, Chinese philosopher.
peinture du papillon : Françoise Guyauw ( http://www.elephant.qc.ca )

mardi 13 février 2007

Chant de moi-même - Walt Whitman

Extrait du recueil (verset 24 "Feuilles d'herbe", Whitman (1819-1892)


Walt Whitman, un cosmos, de Manhattan le fils, Turbulent, bien en chair, sensuel, mangeant, buvant et procréant,
Pas sentimental, pas dressé au-dessus des autres ou à l'écart d'eux
Pas plus modeste qu'immodeste.


Arrachez les verrous des portes!
Arrachez les portes mêmes de leurs gonds!


Qui dégrade autrui me dégrade
Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.


A travers moi le souffle spirituel s'enfle et s'enfle, à travers moi c'est le courant et c'est l'index.


Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,


Par Dieu! Je n'accepterai rien dont tous ne puissent contresigner la copie dans les mêmes termes.
A travers moi des voix longtemps muettes


Voix des interminables générations de prisonniers, d'esclaves,


Voix des mal portants, des désespérés, des voleurs, des avortons,
Voix des cycles de préparation, d'accroissement,
Et des liens qui relient les astres, et des matrices et du suc paternel.
Et des droits de ceux que les autres foulent aux pieds,
Des êtres mal formés, vulgaires, niais, insanes, méprisés,
Brouillards sur l'air, bousiers roulant leur boule de fiente.


A travers moi des voix proscrites,
Voix des sexes et des ruts, voix voilées, et j'écarte le voile,
Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.


Je ne pose pas le doigt sur ma bouche
Je traite avec autant de délicatesse les entrailles que je fais la tête et le coeur.
L'accouplement n'est pas plus obscène pour moi que n'est la mort.
J'ai foi dans la chair et dans les appétits,
Le voir, l'ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un miracle.


Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me touche.
La senteur de mes aisselles m'est arôme plus exquis que la prière,
Cette tête m'est plus qu'église et bibles et credos.


Si mon culte se tourne de préférence vers quelque chose, ce sera vers la propre expansion de mon corps, ou vers quelque partie de lui que ce soit.
Transparente argile du corps, ce sera vous!
Bords duvetés et fondement, ce sera vous!
Rigide coutre viril, ce sera vous!
D'où que vous veniez, contribution à mon développement, ce sera vous!
Vous, mon sang riche! vous, laiteuse liqueur, pâle extrait de ma vie!
Poitrine qui contre d'autres poitrines se presse, ce sera vous!
Mon cerveau ce sera vos circonvolutions cachées!
Racine lavée de l'iris d'eau! bécassine craintive! abri surveillé de l'oeuf double! ce sera vous!
Foin emmêlé et révolté de la tête, barbe, sourcil, ce sera vous!
Sève qui scintille de l'érable, fibre de froment mondé, ce sera vous!
Soleil si généreux, ce sera vous!
Vapeurs éclairant et ombrant ma face, ce sera vous!
Vous, ruisseaux de sueurs et rosées, ce sera vous!
Vous qui me chatouillez doucement en frottant contre moi vos génitoires, ce sera vous!
Larges surfaces musculaires, branches de vivant chêne, vagabond plein d'amour sur mon chemin sinueux, ce sera vous!
Mains que j'ai prises, visage que j'ai baisé, mortel que j'ai touché peut-être, ce sera vous!


Je raffole de moi-même, mon lot et tout le reste est si délicieux!
Chaque instant et quoi qu'il advienne me pénètre de joie,
Oh! je suis merveilleux!
Je ne sais dire comment plient mes chevilles, ni d'où naît mon plus faible désir.
Ni d'où naît l'amitié qui jaillit de moi, ni d'où naît l'amitié que je reçois en retour.


Lorsque je gravis mon perron, je m'arrête et doute si ce que je vois est réel.
Une belle-de-jour à ma fenêtre me satisfait plus que toute la métaphysique des livres.
Contempler le lever du jour!
La jeune lueur efficace les immenses ombres diaphanes
L'air fleure bon à mon palais.
Poussées du mouvant monde, en ébrouements naïfs, ascension silencieuse, fraîche exsudation,
Activation oblique haut et bas.
Quelque chose que je ne puis voir érige de libidineux dards
Des flots de jus brillant inondent le ciel.


La terre par le ciel envahie, la conclusion quotidienne de leur jonction
Le défi que déjà l'Orient a lancé par-dessus ma tête,
L'ironique brocard: Vois donc qui de nous deux sera maître!


Walt Whitman (Traduction d'André Gide)



Ceci est le paragraphe 24, de "Song of myself", poème en 52 parties. Dans sa première édition en 1855, ce poème n'avait pas de titre, pour sa deuxième édition ce fut: "Poem Of Walt Whitman, An American." C'est seulement avec la troisième édition en 1882, qu'il prit le titre de "Song of myself".
référence: http://www.laforgue.org/whit4.htm
http://www.pierdelune.com/whitman1.htm

Autres poèmes en anglais :
http://pages.infinit.net/noxoculi/whitman.html

Pour en savoir plus sur ce grand poète :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Walt_Whitman

lundi 12 février 2007

John Keats

"Heard melodies are sweet, but those unheard are sweeter."

Walt Whitman

"I am the poet of the body and I am the poet of the soul."

l'Inde du Tendre

L'amour et la passion dans l'art
et la littérature indienne ou 'l'Inde du Tendre'

Dans tout l'art hindou, l'expression du lien entre le corps et l'âme, entre le charnel et le spirituel dans le sentiment amoureux se retrouve dans la poésie, la sculpture, la peinture...dans une parfaite symbiose. Ainsi les oeuvres artistiques hindoues renferment le même érotisme, la même passion et la même tendresse que ce soit dans des textes comme "La Gita Govinda" de Jayadura (12ème siècle) qui évoque le joyeux abandon dans lequel s'ébattent les amants, ou la "Rasamanjari" (Guirlande des Saveurs) du poète du 15ème siècle Bhanudatta, première oeuvre à traiter de manière exhaustive tous les aspects de l'amour. On retrouve la même fibre dans les sculptures des temples ou dans les miniatures rajput.
L'art "amoureux", d'une oeuvre à l'autre oscille entre le "Shringara", l'expression du sentiment, et le "Rama Shastra", l'art d'aimer. Comme dans les manuels du tendre au Moyen-Age dans les sociétés occidentales et chrétiennes, chaque étape du parcours amoureux, chaque degré du sentiment comme de la passion est codifié, mis en parallèle avec une convention graphique et picturale, sans qu'à aucun moment, ni la fraîcheur, ni l'émotion, ni la délicatesse ne soient émoussées ou altérées, mais sans que ça ne soit pas non plus dissimulé. Non l'amour en Inde, ne se résume pas au Kama-Sutra, il est beaucoup plus que ça.

NAVARASA, les 9 sentiments

Avant d'évoquer les différentes manières d'exprimer l'amour et ses différents codes dans la philosophie hindoue, il est important de comprendre les expressions des sentiments dans l'hindouisme.


En effet, dans la philosophie, la musique et la danse indiennes, les sentiments ou états subjectifs de l'esprit sont au nombre de neuf expressions. Ils sont l'essence des sens, ce qui porte nos sentiments. Nommés Rasa, ils sont une symbolique artistique des jeux amoureux.
"Rasa" désigne le suc, la sève, le meilleur (la quintessence). Il est aussi le liquide (à boire), la saveur… le goût, le condiment, la langue. Rasa qualifie également le goût pour quelque chose, l'inclination, le désir, le charme, les propriétés affectives et le sentiment éveillé dans la personne. C' est aussi le caractère d'un homme, ce qui provient de l'amour… En Asie, et en Inde plus particulièrement les sentiments sont suggérés, soufflés par le geste, le regard, le mouvement du corps. A vous de le comprendre, d'interpréter ces attitudes…


Les "Rasa" se déclinent en neuf sentiments, expressions et réactions mimées souvent dans les danses indiennes, et font référence à la mythologie. Ils peuvent être considérés comme des codes d'accès aux émotions secrètes des hommes.


On a ainsi :
Shringâra , l’amour ou la passion érotique. Shringâra désigne l'amour sexuel, le sentiment érotique. Il signifie l'ornement, la parure, l'atour, la robe d'apparat, ce qui est orné et joli.
Hâshya, le comique et l’humour. Hâshya désigne ce qui est risible, comique, le rire, l'éclat de rire, la facétie, une chose comique.
Karuna, la compassion et le pathétique. Karuna présente plusieurs sens ; il est ce qui est pathétique, pitoyable, touchant, piteux, lamentable et compatissant. Il est aussi le sentiment de compassion pure entre tous les êtres ; il créée l'ensemble des moyens qui nous est destiné pour atteindre la réalisation de Soi.
Vira, le sentiment héroïque. Vira désigne l'homme, le mâle, le héros, le guerrier ; il est l'un des noms d'Agni (le Feu) ; il est le chef, l'époux, la descendance (mâle), le fils.
Raudra, la colère et la furie. Raudra ou Rudra est le "Seigneur des Larmes", la divinité des tempêtes, le médecin magicien, le maître des animaux ; il est la personnification des souffles vitaux nés nous dit-on du front de Brahma. Identifié à Shiva, il est le feu, la force brute. Raudra désigne ce qui est violent, sauvage, terrible, funeste, de mauvais présage ; il indique un caractère redoutable ou cruel.
Bhayânaka, la peur et l’angoisse.
Vibhatasa, le dégoût et la répulsion. Par extension, il désigne ce qui est sans goût, insipide, qui a mauvais goût, une personne qui ne trouve pas de goût à...
Adbhûta, l’émerveillement ou le sens du merveilleux. Adbhûta désigne la merveille, les faits étranges, les prédictions, ce qui est miraculeux, mystérieux, ce qui tient du miracle ou du prodige.Shânta ou Shanti, la paix et la sérénité. Shânti est ce qui apaise, ce qui calme, ce qui est tranquille, sans passions ; il désigne une personne gentille, aimable, ce qui est propice, de bon augure, la paix intérieure, la réalisation de l'union profonde de toute chose, quand il n'y a plus dualité. Il possède aussi le sens de ce qui est casé, interrompu, éteint.
Les Rasa sont à l'image de ce que nous sommes, il ne faut pas oublier que nos émotions, nos pensées et nos sentiments mal exprimés, non exprimés sont souvent à l'origine de nos maladies, en raison du conflit intérieur qui nous agite. C'est aussi un des aspects étudiés dans l'ayurvéda. Mais ici dans cet article c'est bien de sentiments amoureux que nous parlons.
source : couleur-indienne.net

dimanche 11 février 2007

Les Centuries


"Tu étais moi alors et alors j'étais toi
Quelle connexion des choses fait
que maintenant tu es toi et je suis moi ? "

[ n° 732, p. 190 éd. Kosambi ]