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dimanche 14 janvier 2007

Bohème de chic


Ne m'offrez pas un trône !
A moi tout seul je fris,
Drôle, en ma sauce jaune
De chic et de mépris.

Que les bottes vernies
Pleuvent du paradis,
Avec des parapluies...
Moi, va-nu-pieds, j'en ris !

- Plate époque râpée,
Où chacun a du bien ;
Où, cuistre sans épée ,
Le vaurien ne vaut rien !

Papa, - pou, mais honnête, -
M'a laissé quelques sous,
Dont j'ai fait quelque dette,
Pour me payer des poux !

Son habit, mis en perce,
M'a fait de beaux haillons
Que le soleil traverse ;
Mes trous sont des rayons.

Dans mon chapeau, la lune
Brille à travers les trous,
Bête et vierge comme une
Pièce de cent sous !

- Gentilhomme !... à trois queues :
Mon nom mal ramassé
Se perd à bien des lieues
Au diable du passé !

Mon blason, - pas bégueule,
Est, comme moi, faquin :
- Nous bandons à la gueule,
Fond troué d'arlequin. -

Je pose aux devantures
Où je lis ; - DÉFENDU
DE POSER DES ORDURES -
Roide comme un pendu !

Et me plante sans gène
Dans le plat du hasard,
Comme un couteau sans gaine
Dans un plat d'èpinard.

Je lève haut la cuisse
Au bornes que je voi :
Potence, pavé, suisse,
Fille, priape ou roi !

Quand, sans tambour ni flûte,
Un servile estafier
Au violon me culbute,
Je me sens libre et fier !...

Et je laisse la vie
Pleuvoir sans me mouiller,
En attendant l'envie
De me faire empailler.

- Je dors sous ma calotte,
La calotte des cieux ;
Et l'étoile pâlotte
Clignote entre mes yeux,

Ma Muse est grise ou blonde...
Je l'aime et ne sais pas ;
Elle est à tout le monde...
Mais - moi seul - je la bats !

A moi ma Chair.de.poule !
A toi ! Suis-je pas beau,
Quand mon baiser te roule
A cru dans mon manteau !

Je ris comme une folle
Et sens mal aux cheveux,
Quant ta chair fraîche colle
Contre mon cuir lépreux !


Tristan CORBIERE recueil : Les Amours jaunes

Our Desires

There is a wind that seeks the crevice
under my heart
the way insects file at night
beneath a doorway

Its edges are rough, it slits
the cords. It trips my steady breathing.
When it comes there is no one
I can trust.

It seems, at times, I have designed
too well this vision of you.
I cannot survive your eyes
when they are scarred with a need
for some lesser form of love.

I admit to this conceit.
And though you will not accept it
You love it nonetheless

It is just like you. Our desires
will always be kept sharp
by a kind of perversity. A need
to be each forever alone…

Its color is violet, like lips
that have been smashed by nights
or robbed of blood by lack of breath.
The wind I was speaking of does this.

I can feel it now.

Jim Carroll 




Jim Carroll, né à New York le 1er août 1949 et mort le 11 septembre 2009, est un écrivain, poète et musicien punk américain, connu notamment pour son livre autobiographique The Basketball Diaries qui a fait l'objet d'un film dans lequel joue Leonardo DiCaprio.   http://fr.wikipedia.org/wiki/Jim_Carroll

Carroll and his mentor, Ted Berrigan, once took a trip to see Carroll's idol, Jack Kerouac. When they got there, Kerouac supposedly said: "At thirteen years of age, Jim Carroll writes better prose than 89 percent of the novelists working today."  http://gawker.com/...jim-carroll-author
+ About Jim Carroll : http://catholicboy.com/ 

Love and Life

All my past life is mine no more,
The flying hours are gone,
Like transitory dreams giv'n o'er,
Whose images are kept in store
By memory alone.

The time that is to come is not;
How can it then be mine?
The present moment's all my lot;
And that, as fast as it is got,
Phyllis, is only thine.

Then talk not of inconstancy,
False hearts, and broken vows;
If I, by miracle, can be
This live-long minute true to thee,
'Tis all that Heav'n allows.

Lord John Wilmot

Deux perceptions du Diable

"Pour qui tu le portes ton sac de briques dis-moi, Kevin ? Dieu, c'est ça ? Dieu, tu sais quoi ? Je vais te dévoiler une petite info exclusive, au sujet de Dieu: Dieu aime regarder, c'est un farceur ! Réfléchis.
Il accorde à l'Homme les instincts, il vous fait ce cadeau
extraordinaire et ensuite qu'est-ce qu'il s'empresse de faire -et ça je peux te le jurer- pour son propre divertissement, sa propre distraction cosmique, personnelle: il établie des règles en opposition. C'est d'un mauvais goût épouvantable... "Regarde, mais surtout ne touche pas. Touche, mais surtout ne goûte pas. Goûte, n'avale surtout pas !" Et pendant que vous êtes tous là à sautiller d'un pied sur l'autre, lui, qu'est-ce qu'il fait ? Il se fend la pêche à s'en cogner son vieux cul de cinglé au plafond ! C'est un refoulé ! C'est un sadique ! C'est un proprio qui habite même pas l'immeuble. Vénérer un truc pareil: JAMAIS ! "

Al Pacino dans "L'Associé du Diable"



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CAÏN.
Je vis seulement pour mourir
bientôt, et je ne vois rien
Pour me rendre la mort haïssable qu’un pench
ant inné,
Un odieux, pénible, dominant et toujours invincible
Instinct de vie, et que j’abhorre et hais, presque autant que je
Me méprise. Pourtant je ne puis le vaincre tout à fait.
Donc, hélas ! je vis. Que je voudrais n’avoir jamais vécu !...

LUCIFER.
Tu vis, et tu dois vivre pour toujours, mais ne pense pas
Que la terre, qui n’est que ton vêtement extérieur, est
L’existence... Elle cessera tôt d’être, et tu ne seras
Pas moins que tu ne l’es à présent...
Il se pourrait que tu deviennes semblable à nous.

CAÏN.
Et vous ?

LUCIFER.
Nous, nous sommes éternels...

CAÏN.
Mais avec ta puissance étonnante, qu’es-tu ?

LUCIFER.
Un être, qui aspira à être Celui qui te créa,
Et ne t’eût pas fait l’homme malheureux que tu te dis...
N’ayant pas réussi à être Dieu, je ne voudrais être
Que ce que je suis. Il a vaincu, ce Tyran, donc qu’il règne !

CAÏN.
Qui ?...

LUCIFER.
Le Créateur de ton père et de la terre.

CAÏN.
Et du Ciel,
Et de tout ce qu’ils contiennent ; c’est ce que j’ai entendu
Ses Séraphins chanter, et c’est aussi ce que dit mon père.

LUCIFER.
Bah ! ils disent... ce qu’ils doivent chanter et dire sous peine
D’être ce que moi je suis, et ce que tu es, pauvre humain,
Des esprits puissants et des hommes forts.

CAÏN.
Et qu’est-ce que c’est ?

LUCIFER.
Des êtres osant se servir de leur immortalité,
Des êtres qui osent regarder le Tyran Tout-Puissant
En sa face éternelle, et lui dire très fièrement que
Son mal n’est pas le bien. S’il est donc vrai qu’il nous a créés,
Comme Il le dit, ce que je ne sais pas, ni ne crois en rien,
Mais s’Il nous a créés, Il ne peut défaire son oeuvre.
Nous sommes tons immortels. Voire ! Il l’a même ainsi voulu
Pour qu’il puisse nous torturer. Bien ! qu’Il le fasse ! Il est grand.
Mais dans Sa grandeur éclatante, Il n’est pas plus heureux que
Nous dans notre amer conflit. La bonté ne devrait pas faire
Le mal, et qu’a-t-Il fait autre chose que le mal ? Mais qu’il
Reste assis sur Son trône immortel, Lui, triste et solitaire,
Créant des mondes sans nombre, pour rendre l’éternité
Un peu moins ennuyeuse à Son immense existence morne,
Sa solitude non partagée à jamais par nul être.
Qu’il entasse sans cesse orbe sur orbe, ah ! qu’il reste seul,
Ce Tyran indéfini, mais cependant indissoluble.
S’Il pouvait s’anéantir, cela serait le meilleur don
Qu’Il eût jamais fait. Qu’Il continue à régner sur les mondes,
Qu’Il se multiplie dans Sa misère énorme et profonde !
Nous, Esprits et hommes, au moins nous sympathisons ensemble,
Et souffrant de concert de durs maux, nous rendons nos angoisses
Innombrables mais bien plus supportables, en dépit de Lui,
Par la douce sympathie illimitée de nous tous
Avec nous tous. Mais Lui, si misérable dans Sa hauteur,
Sans repos, dans son immuable misère, est obligé
De créer et de recréer... (peut-être créera-t-Il
Dans les siècles à venir Un Fils de Lui-même, comme Il
T’a donné un père, et s’il arrive qu’il agit ainsi,
Sois-en certain, ce Fils sera sacrifié pour le monde.)

CAÏN.
Tu me parles-là de choses qui depuis longtemps flottent
En rêves à travers ma pensée, et je ne pouvais pas
Faire accorder ce que je voyais et ce que j’entendais.
Mon père et ma mère me parlent souvent, confusément,
De serpents, de fruits et d’arbres, et je vois, en peine, au loin,
Les portes de ce qu’ils appellent leur Paradis chéri,
Gardées par de fiers Chérubins, aux glaives flamboyants,
Qui nous en excluent, eux et moi, mais, hélas ! je sens le poids
Du labeur quotidien et du penser constant ; je regarde
Autour d’un monde où je ne semble être presque rien, avec
Des pensers confus, qui surgissent forts en moi, comme s’ils
Pouvaient maîtriser toutes choses ; mais je pensais en moi
Que cette misère n’appartenait qu’à moi.
Ma propre Adah.
Ma bien-aimée, ah ! elle-même ne comprend pas non plus
L’idée qui m’accable tant. Oh ! jamais jusqu’à présent
Je n’ai rien rencontré qui pût sympathiser avec moi.
C’est bien ! Je préfère m’associer avec des Esprits...

Dialogue de Caïn et de Satan
Lord BYRON - Traduit de l’anglais par sir Tollemache Sinclair.

mardi 2 janvier 2007

Douce Folie - le clown triste

Les feuilles frôlent mon visage de porcelaine
Je rêve, je funambule sans peine.


La chaleur des rayons du soleil m'aide à tenir l'équilibre
Le sourire est mon masque qui vous grimace, je suis libre.


Je suis le clown triste qui navigue tout en haut des passions, sans filet.
Je saute, et..... je me mets à voler parmi les nuages marbrés


J'ai pour tout parachute l'amour, j'espère qu'il s'ouvrira à temps...
Sinon, je sortirais ma petite ombrelle et même si elle paraît frêle...


Elle suffira à me transporter près de toi doucement
Là... je te conterais l'histoire du clown triste qui rêvait... d'avoir des ailes...


Poème © Liz - 02 janvier 2007

samedi 2 décembre 2006

Song

The weight of the world
is love.
Under the burden
of solitude,
under the burden
of dissatisfaction
the weight,
the weight we carry
is love.
Who can deny?
In dreams
it touches
the body,
in thought
constructs
a miracle,
in imagination
anguishes
till born
in human--
looks out of the heart
burning with purity--
for the burden of life
is love,
but we carry the weight

wearily,
and so must rest
in the arms of love
at last,
must rest in the arms
of love.
No rest
without love,
no sleep
without dreams
of love--
be mad or chill
obsessed with angels
or machines,
the final wish
is love
--cannot be bitter,
cannot deny,
cannot withhold
if denied:
the weight is too heavy
--must give
for no return
as thought
is given
in solitude
in all the excellence
of its excess.
The warm bodies
shine together
in the darkness,
the hand moves
to the center
of the flesh,
the skin trembles
in happiness
and the soul comes
joyful to the eye--
yes, yes,
that's what
I wanted,
I always wanted,
I always wanted,
to return
to the body
where I was born.

Allen Ginsberg

Photos : Liz ©